LA PETITE HISTOIRE

La petite bille de buis de Montfavet

Ecoutez !
N’entendez-vous pas ?
Tendez bien l’oreille !
Vous y êtes. Cette mélodie, c’est la mienne, bercée par la fine brise.
Suivez mon chant, tel un cliquetis qui vous attire… Il vous conduira à Montfavet, aux Faverolles, où je m’amuse en vous attendant. Ne soyez pas timides, laissez-vous guider jusqu’au fond de l’allée, et vous serez surpris !
Vous ne me croyez pas ? Et pourtant, si vous saviez qui je suis !
Allez, encore quelques pas et vous me verrez.
Je vous vois, je vous attends.

Vous ne me voyez pas ! Mais si ! D’ailleurs, vous êtes en train de chatouiller ma face rebondie et délicatement vernie.
Et oui, c’est bien moi qui vous parle. La bille de buis que vous tenez dans votre main !
Evidemment qu’une perle de buis parle ! Il suffit juste de savoir écouter.

Comment je suis arrivée là ? C’est une longue histoire, et de ma vie d’avant, je ne me souviens pas.
Mes premiers souvenirs sont avec Marie-Claude.
Mais non, pas la bille d’à côté, mais ma maman d’adoption qui m’a posée avec amour sur ce rideau que vous venez de traverser.
D’ailleurs, c’est elle qui arrive de l’atelier où j’étais avec mes copines il y a peu de temps.
Quel beau sourire, quelle gentillesse et surtout quelle passion !

Je sais déjà qu’elle va vous accueillir chaleureusement, puis vous conduire dans sa pièce ; entre nous, petites billes que nous sommes, on appelle cela la nurserie. On y est dans des berceaux en fonction de nos couleurs, attendant que Marie-Claude nous fasse l’honneur de nous choisir pour orner un rideau qui ira vivre une belle vie dans une maison où l’on aime notre sonorité si caractéristique, notre odeur, notre forme généreuse.
Mais revenons-en à Marie-Claude. Écoutez-la conter l’histoire d’Émile, son grand-père (mais c’est en quelque sorte le nôtre aussi), puisque c’est lui qui a créé cette activité ici. Ex-ac-te-ment. M. Reboul, c’est lui. Oui, ce Monsieur qui a élevé le buis au rang d’art jusqu’en 1970.
Aujourd’hui, c’est Marie-Claude qui écrit, non, disons plutôt qui fait « rouler » cette histoire entre ses mains, dernière « petite main » du rideau de buis de la région. Et avec quel talent !

J’ai vu naître des chats, des arlésiennes, des fleurs de toutes les couleurs sous sa main !
C’est une magicienne des perles, Marie-Claude. Et on veut toutes être caressées par sa main. Alors, on s’entrechoque, on se bouscule pour être la perle de buis choisie ! Si vous saviez quel tumulte ce peut être.
Notre chant se mêle aux rideaux déjà créés qui nous narguent de leur hauteur. Mais on chante toujours plus fort !
Lorsque le mistral se réveille, c’est encore mieux !
C’est une véritable symphonie boisée. Et puis, on aime cette fraîcheur qui nous enveloppe.
Mais la chaleur de Marie-Claude est vraiment ce qu’on préfère. Notre histoire d’amour est intemporelle, comme le buis dont nous sommes nées est symbole d’immortalité.

Je me souviens d’un jour où, ému, un jeune couple est venu chercher un rideau de buis pour sa toute nouvelle maison. Ils voulaient tous deux avoir le témoignage vivant de leur enfance, où ils aimaient se lover dans le rideau de buis de la maison familiale, juste pour entendre les grands parents tempêter « Ne joue pas avec le rideau, tu vas faire entrer les mouches et les abeilles ! ».
Ils voulaient eux aussi que leurs enfants futurs connaissent cette joie simple de jouer avec un rideau de buis.
A mon avis, ils avaient eux aussi envie de s’amuser avec le rideau, comme les enfants qu’ils étaient toujours au fond d’eux-mêmes !

Car oui, d’utiles pour empêcher les insectes d’entrer, nous sommes devenues indissociables de l’atmosphère chaleureuse des maisons et souvent, nous évoquons bien des souvenirs.
Marie-Claude perpétue ces belles histoires familiales avec amour en créant, parfois en reproduisant à l’identique, les rideaux qui ont bercé bien des enfances.
Beaucoup d’amoureux de ses œuvres (et donc de nous aussi, hein !) disent que venir ici, c’est une bouffée de jeunesse et d’insouciance, un art de vivre qu’il faut préserver.
Je suis bien d’accord !

Vous voilà de nouveau ! Je suis sûre que vous avez choisi un rideau avec un chat !
J’avoue, ce n’était pas dur à deviner, j’écoute tout ! Je suis une perle curieuse de nature vous savez.
Vous me chatouillez encore et je sens votre geste plus doux et empreint de nostalgie.
Auriez-vous retrouvé le souvenir d’un rideau de buis de votre enfance ? Je parie que oui !
Je vais vous laisser m’entourer de vos mains, pour que vous attendiez votre futur rideau en pensant à nous.
N’ayez crainte : Marie-Claude va vous créer un chef-d’œuvre sur mesure et toutes les perles veilleront au grain !
A très bientôt ! Je sais que vous reviendrez nous voir. On revient toujours aux Faverolles.

Et ce soir, lorsque le soleil cèdera sa place à une belle pleine Lune, regardez vers l’horizon et écoutez le bruit de la nuit. Vous entendrez des chuchotements. Ceux du petit peuple du pays de la perle de buis, chez Marie-Claude.

 

 

Stéphanie Maisonnave